CARACTERISTIQUE ET CONCURRENCE DU MARCHE MEDICAL

*       UN SYSTEME DE SANTE TRES CENTRALISE
La France dispose de l'un des systèmes de santé les plus centralisés au monde. La plupart des dispositions relatives aux politiques de santé sont prises directement au Ministère de la Santé, et se répercutent localement par des instances régionales qui ne sont bien souvent que des entités déconcentrées, et non décentralisées. Ceci pose un problème majeur pour les expériences de développement de logiciel de gestion du dossier patient unique.
Nous pouvons dire que la rareté des financements spécifiques et le problème de pérennisation freinent le développement de logiciel de gestion du dossier patient unique. La question du financement reste donc entière à l'heure.

 

*       LES FINANCEMENTS DES ACTIVITES DE SOINS
Les hôpitaux publics et les cliniques privées reçoivent chaque année une dotation leur permettant de financer leurs activités. Le budget annuel accordé à chaque établissement est fonction de l'activité de soins produite l'année précédente.
Celle-ci est évalue en points ISA (Indice Synthétique d'Activités). Chaque acte médical possède un équivalent en points ISA. Plus le nombre de points ISA  “produits”   sur l' année est important, plus la subvention reçue par l'établissement de soins l'année suivante sera élevée.

 

*       UN PROBLEME D’HARMONISATION ET NON DE NORMALISATION
En l’absence de réel programme national d' harmonisation des offres de SIH, les différents types de professionnels de santé ne peuvent coordonner leur action de façon pertinente. Ainsi, il n’existe aucune norme significative obligatoire dans la mise en place des protocoles de communication des logiciels de gestion du dossier patient.
Ce ne sont pourtant pas les normes industrielles qui manquent : HL7 pour les échanges de données médicales et administratives en santé, HPRIM couramment utilisée dans les laboratoires d' analyses biologiques publics et privés... Cependant, aucune de ces normes n'a réellement de caractère obligatoire.
On a donc affaire ici à un problème d'harmonisation permettant de choisir et rendre obligatoires certaines normes et non un problème de normalisations puisque ces normes existent.
les conséquences de cette non harmonisation sont que les solutions mises en place sont généralement trop personnalisées pour pouvoir les exporter vers d'autres établissements de santé. On se retrouve donc face à une demande éclatée ce qui conduit à une offre très diversifiée.
Celle-ci est en effet composée d’un grand nombre de solutions à façon développées en régie par de nombreuses SSII.

 

*       LE SYSTEME DE FINANCEMENT HOSPITALIER
La France dispose d'un système hospitalier partagé entre le privé et le public. Si dans la plupart des pays européens le secteur hospitalier privé effectue les mêmes actes que le service public grâce à des accords de partenariat passés avec l' état, la logique est relativement différente en France. Même si la plupart des cliniques privées entrent dans le domaine du PSPH (Participation au Service Public Hospitalier), celles-ci tendent à n'effectuer que les actes les plus rentables : chirurgie  “courante”   (appendicectomie, amygdalectomie), actes chirurgicaux ambulatoires tels que les affections de l'oeil et de l'appareil respiratoire...
Ainsi, le privé  concentre 42 % des actes de chirurgie alors que les hôpitaux publics traitent 81 % des soins de médecine. Une analyse plus fine montre que seuls 30 % de l’activité des établissements publics sont consacrés à la chirurgie contre 67 % pour les cliniques privées. A contrario, 59 % de l'activité de soins du secteur public sont consacrés à la médecine contre seulement 22 % pour le secteur privé.
L'intérêt de pratiquer des actes de chirurgie réside dans leur rentabilité en termes de points ISA (Indice Synthétique d'Activité). Si le nombre de points est généralement plus élevé pour des soins de médecine que des soins de chirurgie, la faible durée d'hospitalisation pour les chirurgies par rapport à celle des soins de médecine permet de traiter plus de patients sur une même période, et donc d'obtenir plus de points. La dotation des hôpitaux et des cliniques prives PSPH étant dépendante du nombre de points ISA obtenus, on comprend très vite l'intérêt pour les cliniques privées de conserver une activité majoritairement centrée sur la chirurgie.
Ces cliniques, de par leur statut privé, sont en effet dans l'obligation de se gérer comme des entreprises privées et doivent donc privilégier une logique économique dans le choix des activités qu'elles pratiquent.

 

*       PROBLEME D’HARMONISATION
Nous n'avons recensé aucun consensus en France sur les données  échangées entre praticiens et ce débat sur le dossier médical partagé impacte très fort sur la qualité des soins et le respect des protocoles thérapeutiques ainsi que sur l'organisation des hôpitaux. Pas moins de 250 critères étaient demandés par les professionnels de santé. Il va cependant de soi qu'aucun praticien n'est prêt à remplir, pour chaque patient, des dossiers incluant un nombre aussi important de critères, et ce pour des raisons évidentes de temps.
L'importance du nombre de critères souhaités par les professionnels de santé s'explique par la diversité de l'exercice de chacun d'entre eux. Dans le cas de l'asthme, on trouve à la fois des praticiens hospitaliers, des médecins généralistes, des pneumologues, des infirmières qui n’ont bien entendu pas les mêmes besoins en information. L'infirmière n'a besoin que des informations utiles au suivi des prescriptions et  la dispensation des soins infirmiers, le pneumologue souhaite quant à lui disposer des informations issues du premier diagnostic posé par le généraliste. Ce dernier n' a cependant pas besoin de l'ensemble des données dont dispose le pneumologue mais seulement de ses conclusions. On voit donc rapidement  à quel point le sujet est complexe. Ce problème est également valable dans les autres spécialités médicales (cancérologie, cardiologie, diabétologie...) et s'accroît donc rapidement dans le cas de patients présentant des polypathologies.
Il semble donc évident qu'en l'absence de normes définissant clairement les données à inclure dans le dossier médical informatisé, la mise en place d'un tel dossier devient rapidement un véritable casse-tête pour les industriels. Ce problème est d'autant plus aigu que les données médicales  échangées retenues par un système informatique donné peuvent être très différentes du logiciel voisin, ce qui rend les échanges entre les logiciels très difficiles et l'industrialisation de solutions de dossiers médicaux électroniques presque impossible. Ainsi, la difficulté d'obtention d'un consensus concernant le contenu du dossier médical commun s' ajoute aux difficultés financières que rencontrent les établissement de santé.

*       LA CONCURRENCE
Comme nous l'avons vu, malgré la nécessité d'une gestion performante du dossier patient les spécificités françaises laissent actuellement peu de place aux solutions industrielles reproductibles à grande échelle. La mise en place de solutions sur mesure permet par contre aux SSII (Société de Services et d’Ingénierie Informatique) de mettrent en oeuvre leur savoir-faire.

*       LES SSII
Les systèmes informatiques sont généralement le fruit d'initiatives locales qui mettent en place des solutions développées à façon. Cependant, la santé financière de ces entreprises est relativement fragile. Ces entreprises sont pour la plupart de taille réduite On peut citer, à titre d'exemple, les sociétés :
Axicare, Canyon Technologies ou encore Pagemed qui totalisaient chacune moins de 1 millions de chiffre d’affaires.
la santé financière de ces entreprises est relativement fragile. Les comptes de résultats de ces sociétés révèlent en général des Excédents Bruts d’Exploitation (EBE) négatifs et des situations de trésorerie relativement tendues.
Ainsi, la trésorerie de Canyon Technologies est proche de 0 _ pour un Excédent Brut d’Exploitation négatif. Son concurrent Axicare s'offrait une trésorerie plus confortable en 2001 (plus d’1,5 millions d Euros) mais présentait un EBE déficitaire de plus de 755 000 Euros pour un résultat net négatif. Parmi les trois entreprises suscites, seule Pagemed parvient  afficher des résultats encourageants en 2001 : trésorerie de plus de 113 198 Euros, EBE de 102 881 Euros, marge maîtrise (le ratio Résultat Net / Chiffres d'affaires s'élevait à 19,3 %).
On peut dés lors s'interroger sur les raisons de la faiblesse des résultats de nombreuses SSII intervenant dans le domaine santé qui contraste néanmoins avec les bons résultats de quelques unes d'entre elles, comme Pagemed.

*       LES EDITEURS PRIVES, tels que AGFA, GWI avec des moyens importants.

*       LES SSII ORIENTEES REGIES:
ces sociétés favorisent les activités de mise à disposition de leur personnel.

*       LES SSII ORIENTEES EDITIONS DE LOGICIELS:
ces sociétés développent un produit pour un client et tentent de le commercialiser ensuite à plus grande échelle.

Ces deux types de SSII s'appuient sur des logiques économiques différentes. Tout d’abord, les prestations en régie consistent en la facturation au client du temps passé par le personnel de la SSII pour mettre en place une solution à façon.

Dans la pratique, plusieurs possibilités de travail en régie sont possibles :

*       Soit des ingénieurs et des techniciens de la société sont missionnés directement chez le client pour une période donnée. Dans ce cas, le personnel envoyé par la SSII réalise alors directement chez le client des activités de conseil, de développement, d'assistance à la maîtrise d'ouvrage et de mise en place de la solution informatique appropriée aux besoins de ce client.

*       Soit des ingénieurs et techniciens sont mobilisés au sein de la SSII pour développer une solution sur la base du cahier des charges fourni par le client. Le temps passé directement chez le client se limite alors à l'analyse de ses besoins et à la mise en place de la solution développée.

 

Dans les deux cas, c’est la totalité du temps passé par les équipes mobilisées pour le client qui est facturé. Le modèle économique se fonde donc sur une rentabilité presque immédiate : la société réalise ses marges sur chaque solution développée.
Le deuxième modèle que peuvent adopter les SSII est celui d'éditeur de logiciels.La société  développe alors des solutions, la plupart du temps à la demande d'un client, puis cherche ensuite à commercialiser le produit crée. La facturation au client correspondra alors au prix d'une solution qui pourra être inférieure ou seulement égal aux coûts réels de développement. La société compte alors réaliser la plus grande partie de ses marges sur la phase de commercialisation du logiciel à grande échelle.

 

*       LES ACTEURS DU MARCHE
Il est en réalité très rare de rencontrer une SSII purement orientée régie ou éditeur de logiciels . Bien souvent, les activités de ces sociétés sont mixtes avec une prépondérance plus ou moins marquée de l'un ou l'autre de ces modes de fonctionnement. Vous trouverez quelques exemples de sociétés présentent sur le marché de l'informatique médicale. L'offre étant tellement diversifiée qu'il est très difficile de toutes les recenser.

*       PAGEMED, est une société spécialisée dans la conception et l'animation de communautés professionnelles par la création de sites Internet. Cette activité est centrée sur  des développements à façon réalisés pour  chaque client et sur des services divers (aide à la conception d'une charte graphique, suivi de projets, hébergement de serveurs, de sites...). Pagemed possède également une activité d'éditeur : divers logiciels de gestion, d'administration et de transferts d'informations pour les réseaux intranet, extranet et Internet sont proposés. Certains sont optimisés pour des métiers spécifiques dans le secteur médical, Pagemed propose la solution Pagemédica qui permet de gérer l' Intranet et/ou l' extranet d'une communauté médicale (médecins, personnel paramédical, gestionnaire).

*       ALICANTE, SSII du Nord de la France, propose des services de régie dans le domaine de la santé : assistance à la maîtrise d'ouvrage pour la création de réseaux informatiques, aide à la rédaction de cahier des charges, audit, initialisation de projets d'informatisation... La société propose également des services de formations appliques à la santé. Alicante propose enfin une gamme de logiciels destinés aux établissements de soins.

*       UNI-MEDECINE, entreprise de la région parisienne, spécialisée dans la conception sur mesure de systèmes d'informations à destination des acteurs du système de soins. La société centre son activité sur un modèle de fonctionnement en régie, en proposant notamment des aides à la rédaction du cahier des charges préalable à la mise en place d’un réseau informatique de soins, des actions de formation, des analyses économiques des solutions mises en place, des déploiements de réseaux. La société propose également des solutions permettant l'échange de données informatiques dans le cadre de la recherche clinique. L'activité éditeur de logiciels  est également présente au sein de cette SSII. Ainsi, la société commercialise le logiciel Papyrus qu’elle a développé. Ce progiciel est destiné à la gestion du cabinet médical à la fois dans les aspects médicaux (gestion du dossier patient) et administratifs. Le positionnement  régie  d’ Uni-médecine permet  la société d'enregistrer un taux de croissance important : la société, crée en 1998, réalisait en 2001 un chiffre d'affaires de plus de 1,6 millions d’ Euros, en croissance de plus de 55 % par rapport  l'année 2000.

*       AXICARE : cette société s'est spécialisée dans la conception de logiciels permettant la gestion électronique du dossier médical du patient au sein des structures de soins. La gamme de logiciels concerne tous les aspects de la prise en charge du patient, de son admission  sa sortie (accueil du patient, suivi médical et infirmier, gestion des ressources, codes pour le PMSI et module de statistiques). Ces solutions sont communicantes et sont donc connues pour fonctionner au sein d’un système d'information hospitalier. La société connaît une stagnation de son chiffre d’affaires

*       MC KESSON FRANCE, filiale de la SSII internationale McKesson HBOC, fait figure d'exception dans le segment des SSII orientées logiciels. La société dégageait en effet un EBE de plus de 1 million d’Euros en 2001. L'offre de la société se compose d'une suite de logiciels permettant la mise en place d un système d'information hospitalier. Cette suite logicielle permet de prendre en charge l'ensemble des fonctions de production de soins médicaux et couvre toutes les fonctionnalités administratives de l'hôpital. McKesson affiche aujourd’hui la volonté d'étendre ses activités à l'ensemble du système de soins, c' est à dire en dehors des hôpitaux.
L’exception que constitue McKesson s'explique tout d'abord par un positionnement initial sur les fonctions administratives des hôpitaux (selon McKesson, 66 % du personnel hospitalier français voit sa paie traitée par une solution McKesson) et non sur les fonctionnalités de soins. Ensuite, de nombreux coûts de développements et de prospections n' ont pas été supportés par McKesson France puisque la société crée en 1999, a repris les activités de Cap Gemini Division Hospitalière (cette structure avait été crée en 1991). Enfin, McKesson double son activité d'éditeur par une activité régie relativement importante puisque la société propose à ses clients de réaliser des développements à façon en utilisant comme noyau les logiciels McKesson. Cette activité de développement à façon est par ailleurs renforcée par d'autres activités de type régie comme la formation, l'assistance technique  l'exploitation  des systèmes McKesson mis en place, le conseil pour la mise en place de solutions utilisant des technologies Internet et le développement spécifique de sites Internet, intranet et extranet.

*       ARES,a pour vocation la gestion globale d’infrastructures avec des activités  organisées en cinq branches : architecture et infrastructure, systèmes et réseaux, infogérance et hébergement, études et développements. Le groupe intervient sur le marché de la santé grâce au rachat du logiciel actipidos (gestionnaire de dossier patient),ainsi que des logiciels de gestion administrative. Ces dernières années le groupe gagne des parts de marché grâce à une réorganisation des forces de ventes plus polyvalente et de leur équipes techniques spécialisées.

*       SYMPHONIE ON LINE a développé depuis de nombreuses années un dossier patient (Clinic.s) qui fait partie de l’offre Hexagone et qui compte aujourd’hui plus d’une cinquantaine de clients déployés représentant 450 hôpitaux, plus de 300 cliniques et 170 PSPH. La société a réalisée en 2003 un Chiffre d’Affaires de 24,1 Millions d’Euros pour un résultat de 4,6 Millions.

*       VOIES D’AMELIORATION

La diversification des SSII intervenant dans le secteur de la santé ,les difficultés que rencontrent les SSII orientées édition de logiciels et dans une moindre mesure quelques SSII orientées régie (comme par exemple Uni- Médecine) nous amènent à penser que l'une des voies d'amélioration de la rentabilité des SSII du domaine de la santé est la diversification. Celle-ci s’ observe en effet fréquemment et s'opère dans les deux sens : on voit ainsi des SSII généralistes s'intéresser à la santé mais également des SSII santé mettrent en oeuvre leurs compétences dans d'autres secteurs d'activités. l'une des voies d'amélioration de la rentabilité des SSII du domaine de la santé est la diversification. D'ailleurs la diversification est également de mise dans les SSII spécialisées au départ en santé tel que:

*       MEDCOST a exporté son savoir faire de SSII au secteur de l'automobile en créant et hébergeant le portail de l'occasion de Renault : Caradisiac. Les activités de Medcost sont également très diverses au sein même du domaine de la santé. Outre les aspects spécifiques de l'intranet et de l'Internet médical, Medcost propose également des services de gestion du PMSI, des dossiers médicaux en ligne, des essais cliniques en ligne et réalise des études médico-économiques.

*       CEGEDIM qui dispose à la fois d'une gamme de logiciels médicaux mais également de services liés aux réseaux informatiques de santé.

*       On notera que le marché des SSII santé intéresse également des géants de l'industrie médicale tels que Général Electric, Siemens ou Philips. Ces trois groupes proposent en effet des services de SSII médicales plus ou moins développés. PHILIPS qui se focalise principalement sur les réseaux de cardiologie et d'imagerie.

*       SIEMENS possède une gamme plus tendue qu’il a développé grâce à l’acquisition de Pyrénées Informatique et de Shared Médical Systems (ces deux sociétés ont fusionnées au sein de Siemens pour former le Siemens Health Service). L'activité du groupe semble relativement importante sur l'activité réseaux puisqu il dispose de 550 références clients dans les systèmes d'informations hospitaliers. Sans préciser de chiffres, le Siemens Health Service affiche sur son site Web l'ambition de devenir leader sur les réseaux de soins.

*       GE MEDICAL SYSTEMS est certainement la multinationale du secteur santé proposant le plus large éventail de services informatiques. La firme américaine propose ainsi des solutions d’ingénierie de réseaux de soins, des services sectoriels en réseaux informatiques de santé (cardiologie, maternité, radiologie, soins ambulatoires, urgences) et des solutions et services destinés aux industriels (Customer Relationship Management, Workflow, gestion financière).

Ces grands groupes commencent à s'intéresser au domaine des SSII santé en France, bien évidemment pour les perspectives économiques que ce segment de marché présente, mais également pour l'avantage concurrentiel que ces activités leur confèrent. En effet, ces services permettent aux hôpitaux, cliniques, réseaux de télémédecine et industriels de s'équiper entièrement chez un seul et même fournisseur. En outre, ces grands groupes ne prennent pas de risques importants en se positionnant sur le marché SSII car les services qu'ils proposent sont presque tous de type régie.